vendredi 16 novembre 2012

Faking Depression, John Campbell / Xiu Xiu



It seemed hard at first to fake depression, due to the amount of energy involved. I could not do it for long. By the time I got comfortable with it I found it necessary to allow this deception to extend into my private life. I believed one or more stories of myself as "pretending to be depressed" could have distanced me from my chosen demographic.

C'est le premier paragraphe d'un message posté par John Campbell fin Septembre sur son Kickstarter, titré I've been pretending to be depressed for profit and I am sorry. C'est la première des mises à jour de l'auteur de Pictures For Sad Children sur le sujet de la dépression comme outil pour se faire un nom. C'est comme ça que ça marche maintenant, internet, tu finances un projet, et l'auteur te récompense avec une histoire sombre.

Même si tous ces messages semblent être moqueurs et très détachés, il y a quelque chose derrière tout ça. Ce n'est pas vraiment important de savoir ce qu'il pense réellement : On n'a qu'à voir toutes les réactions que ces messages ont reçu, la haine déferlée sur l'auteur et les excuses à demi-mot de celui-ci. Ce genre d'article sinistre (mais passionnant) provoque la discussion, notamment via Tumblr, et l'auteur l'a alimentée régulièrement, en postant par exemple une liste de collègues ayant fait semblant de souffrir de dépression. Sa propre compilation des réactions qu'il a collecté vaut à elle seule le détour.


Plus tôt, en août, Jamie Stewart, leader du groupe de pop expérimentale Xiu Xiu, a demandé à ses fans sur son (sky)blog (souvent mis à jour avec des messages cryptiques et des annonces de nouveaux single) quelles raisons existaient pourcontinuer à vivre. Là, on pourrait dire qu'il fait l'attention whore, plaisante, ou peut-être qu'il ne va vraiment pas bien, que c'est très facile de publier ce genre d'articles sans y penser dans des périodes un peu noires. Je ne sais pas, n'étant pas moi-même dépressif, je ne peux pas prétendre comprendre ce genre d'actes. Le message est torché, ridicule.
Quand on est une personnalité publique, comme un musicien, on ne devrait pas se laisser aller comme ça, on doit rester séduisant. Quelqu'un de dépressif m'apparaît parfois comme un mur dans lequel j'ai envie de trouver des brêches. Qu'est-ce qu'il ne va pas chez toi? Qu'est-ce qu'il te fait dire des trucs comme ça ? Mais la dépression... c'est séduisant. Ce n'est pas la folie, la déferlante créatrice et sadique qui caractérise l'art brut et des types comme Roky Erikson ou Daniel Johnston (ou Antonin Artaud). C'est plutôt un drone paralysant qui plane autour de l'artiste qui trouve sa résolution temporaire dans une oeuvre d'art extrême (???).

Ce que je veux dire, c'est peut-être que ce n'est pas si dur d'écrire une chanson triste, mais que c'est peut-être plus beau quand on est vraiment malheureux. Les chansons de Xiu Xiu, et tout particulièrement A Promise sont des appels à l'aide conceptualisés, beaux et écrasants. C'est travaillé, c'est compliqué parfois. Il y a évidemment un côté sale un peu attendu dans ce genre de musique, qui rajoute une couche dans le désespoir. J'avais parlé plus tôt dans l'année de Willis Earl Beal qui a sorti un album qui ne vaudrait peut-être pas le coup si il n'y avait pas une production en carton et une histoire derrière. Ça me fait dire qu'il y a parfois mise en scène de la dépression, volontaire ou pas. Ça reste attrayant.
Et puis, comment peut-on mettre un packaging sur sa dépression ? Comment est-ce qu'on transforme une maladie en disque ? C'est un peu comme penser qu'un album sera bien meilleur en vinyl, c'est plus sympa à écouter mais ça ne rend pas les chansons intrinsèquement meilleures. C'est seulement un changement dans le rapport de l'auditeur au disque. Un autre rapport à la création artistique s'est installé, maintenant on ne privilégie plus l'histoire, mais l'histoire de l'histoire, si l'artiste a eu un cancer avant, si il l'a enregistrée avec un dictaphone dans une cave.


Pour revenir à John Campbell, sa série d'article (sans conséquences) a été montrée du doigt comme une tentative de dissimuler sa dépression, ou comme une plaisanterie grossière cherchant à provoquer des réactions ignorantes. La vague n'a pas réellement dépassé Tumblr. Ce qui a le plus énervé, c'est sa mention d'une "culture de la dépression" qui justifierait de l'art fainéant. Même si c'est totalement faux, ça pose des bonnes questions. Le fait qu'on néglige totalement ce qui est vraiment sombre dans le culture mainstream en ne s'attachant qu'à la surface des choses, alors qu'au fond tout est sombre, sauf à la télévision et sur 9gag.

Ce n'est pas tout neuf de dire que les artistes les plus troublants sont mélancoliques, je vais pas vous faire un dessin. La noirceur doit jouer un rôle dans tout ce qui est réellement sincère dans l'esprit de beaucoup de personnes. C'est ce dont John Campbell se moque, peut-être. C'est une provocation large, grossière, qui provoque des réactions simiesques. Il a eu raison, je crois.

Ses comics fantastiques donnent toujours à penser en tout cas. C'est, en général, des situations absurdes et sombres, qui se résolvent de façon encore plus grave. Les bonhommes batons avec des grosses têtes, complètements désemparés face au destin monstrueux qui les attend, pleurent ou ne réagissent pas. Bizarrement, c'est toujours très drôle, des gags très bien formés, hautement conceptualisés, qui amènent le lecteur dans un monde très noir où rien n'est jamais gratuit, des soirées empoisonnées au mec qui te fait un doigt d'honneur au concert de harsch noise. Certains peuvent se poser la question en lisant ça : "mais l'auteur, il va bien ?"

John Campbell a certainement eu raison en écrivant ses articles, il voulait peut-être sans y penser dégoûter tous les gens susceptibles. Il a peut-être gagné. Peut-être que ses comics seront moins rebloggés maintenant, peut-être qu'il obtiendra un statut d'auteur culte. J'en sais rien, je suis pas dépressif, mais bon, il le mérite certainement.



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